jeudi 23 avril 2015

Michael Haneke, “La famille Bélier” et “The tribe”....
Je suis étudiante en cinéma et je prépare un thèse sur la surdité au cinéma. Je vais donc voir tous les films mettant en scène la surdité ou des personnages sourds.  Je suis ainsi allée voir deux films: “The Tribe” et “La famille Bélier”. Deux films que tout oppose si ce n’est la thématique de la surdité. En réfléchissant à la manière dont j’allais parvenir à utiliser ces deux oeuvres,  j'ai immédiatement pensé à la phrase de Michael Haneke  : « Si le cinéma veut être une forme d'art, il doit nécessairement d'abord s'interroger sur son pouvoir de figuration. C'est une question essentielle. Sans ça, il est trop facile d'en user pour imposer une vision simpliste du réel ; ou manipuler le spectateur, prétendre le divertir pour lui imposer un sens. »
Ainsi, alors que “The tribe” interroge ce pouvoir de figuration du cinéma par le biais de la surdité, “La famille Bélier” présente une vision beaucoup plus simpliste de la réalité des sourds.

Pendant que Myroslav Slaboshpytskiy tente de construire un vocabulaire cinématographique pensé en fonction de la surdité, Eric Lartigau tente de construire la surdité de ses personnages autour de son film.
“The Tribe”, 2014 (de Myroslav Slaboshpytskiy)




Effectivement, « The tribe » n'est pas un film divertissant et effectivement la figuration de la surdité force la réflexion et s’éloigne de toute vision simpliste. On sort de ce film avec certainement plus de questions qu'on en avait en entrant dans la salle, mais c'est certainement ce flot de questions qui m'a amené à apprécier ce film.


La plupart du temps les réalisateurs qui abordent la surdité, l'utilisent comme métaphore afin de traiter un autre problème : la mutité, le statut de victime... Ici, pas de mutité ni de victimisation puisque l’intégralité du film se développe de manière intra-communautaire. Tous les personnages sont sourds, communiquent sans aucun problème grâce à la langue des signes et se confrontent à des problèmes qui ne sont pas simplement ceux des sourds.
Si le film ne problématise pas la condition des sourds alors de quoi parle t il ? C’est écrit en gros sur l’affiche…. La réponse est en effet certainement apportée par le titre “The tribe”. Myroslav Slaboshpytskiy parle du paradoxe du communautarisme qui protège et soutien  bien sûr, mais qui enferme et contraint également.


« The tribe » film sourd ou film muet ?


Dans de nombreuses interviews, Myroslav Slaboshpytskiy explique qu'il souhaitait faire un film muet à la fois contemporain et réaliste, capable de s'affranchir de la stylisation classique du film muet (comme c’est le cas dans « The Artist » par exemple).
Le réalisateur se débarrasse donc en premier lieu des attributs dits classiques du cinéma muet : Le noir et blanc, l'accompagnement musical omniprésent, les cartons d’intertitres et surtout....les dialogues filmés.
Michel Chion écrivait au sujet du cinéma muet, “ce n'est […] pas le personnage de cinéma qui était muet, c'est le cinéma qui lui était sourd, […] qui donnait au spectateur […] le regard du sourd”.
Privé de la capacité d’écoute, le spectateur d'un film muet était effectivement placé dans la position d'une personne sourde et voyait les personnages se parler, s'écouter et réagir aux bruits d'ambiance et aux sons environnants.
Dans son article “Du silence au cinéma “, José Moure explique ainsi que le cinéma muet sous-entendait les sons, les voix, les bruits et suggérait l'écoute sans chercher à cacher la dimension sonore de l'univers de la narration. Les gros plan d' "objets sonores" en mouvement (mouvement des lèvres, cloche qui se balance…) désignaient de manière métonymique les sons qu'ils étaient censé émettre. Le spectateur était pris d'une forme d'hallucination auditive et parvenait ainsi à faire correspondre un signifiant visuel à un signifié auditif.


L'approche de Myroslav Slaboshpytskiy est radicalement différente et avec « The tribe », ce dernier choisit de faire un film muet au sens strict du terme sans paroles, sans sous titres. Il choisit l'univers d'une école pour jeunes sourds comme décors et de fait, remplace les dialogues oraux par la langue des signes. Mais si Myroslav Slaboshpytskiy renonce à l'oral, c'est dans le but de mieux investir une forme de communication totalement différente : gestuelle et corporelle.


L'amour et la violence



« La violence à l'écran ne me fait pas peur. Pour moi, elle possède même un aspect défouloir qui permet, par une sorte de vase communicant, de faire diminuer la violence dans la vie ».



Refusant que son film soit sous-titré, le réalisateur se devait donc de parler de choses universelles, compréhensibles sans aucun mot, avec le seul médium corporel. Quoi de plus universel que la violence et le sexe ?
Truffaut disait de Hitchcock qu'il parvenait à « filmer les scènes d'amour comme les scènes de meurtre et les scènes de meurtre comme les scènes d'amour »
Myroslav Slaboshpytskiy fait de même et impose au spectateur des images crues, une narration franche et un rythme très lent. Les scènes de sexe comme les scènes de violence sont montrées sans artifice, sans censure et sans détour.
« The tribe » développe ainsi un rythme singulier qui laisse le temps se dilater, s'étirer de par la durée des scènes mais également la durée des actions qui semble aller à l'encontre des schémas habituels de la dramaturgie cinématographique. D'habitude la lenteur associée à des actions (par exemple la montée des marches d'escalier) est utilisée afin d'installer une tension; préparer au drame et au moment où la tension est à son maximum, le rythme s'accélère. Dans « The tribe », le rythme semble constant et les scènes d'une extrême violence durent aussi longtemps que les scènes d'amour. Ce rythme de mise en scène est appuyé grâce au plan séquence et à l'absence de tout découpage.


La force émotionnelle que Myroslav Slaboshpytskiy parvient à mettre dans le traitement de ses deux thèmes permet de faire oublier au spectateur ce qui n'est pas dans le film, même si cette absence concerne un élément essentiel de toute construction cinématographique... Je parle bien entendu des dialogues parlés. La surdité n'est jamais abordée comme un enjeu réel du scénario en revanche la langue des signes est pleinement exploitée par le réalisateur.


L'image mentale comme syntaxe


Le cinéma et la langue des signes ont en quelques sortes une syntaxe commune : D'abord on plante le décors puis on introduit le sujet principal et enfin on amène l'action. Myroslav Slaboshpytskiy utilise pleinement cette similitude.
J'ai en effet été particulièrement marquée par la manière dont le film semble être en totale harmonie avec la langue des signes. Souvent les metteurs en scène utilisent la langue des signes pour son aspect esthétique, mais sacrifient sa lisibilité aux nécessités cinématographiques. Le découpage, les gros plans, le champs - contre champs, empêchent la compréhension des signes. Dans « The tribe », ce n'est absolument pas le cas : la caméra filme les actions de leurs débuts à leurs fins sans les fractionner ou les découper, et les plans larges nous invitent à lire chaque scène de manière extrêmement claire mais accompagnent également les acteurs dans leur communication corporelle.


« La dimension négative des mots »


“ Le silence n'a de signification que là […] où il est intentionnel”


« The tribe » est un film muet mais pas silencieux. Effectivement, les dialogues oraux disparaissent mais les sons intradiégétiques demeurent. L'idée de ne pas imposer le silence s'explique peut être par la volonté du réalisateur d'éviter d'enfermer ses personnages dans une idée de mutité.
Dans « The tribe » le silence existe mais simplement en tant qu'espace de retrait de la parole, non des sons. Dans son article « du silence au cinéma », José Moure rappelle que le mot "silence" vient du verbe latin "silere" qui à l'origine était employé pour parler de l'absence de bruit ET de mouvement. Et il est vrai que le cinéma associe souvent silence et absence de mouvement. Myroslav Slaboshpytskiy lui, l'associe ici à un mouvement quasi perpétuel (même si ce mouvement est exécuté avec lenteur). Le statique y est finalement plus souvent associé au monde des entendants...
Myroslav Slaboshpytskiy travaille également « l'à-peine audible » qui devient une matière de l'expression à part entière et permet sans doute une mise en abyme du muet dans le parlant. En opposition à un univers de bruits, de dialogues et de musique, Myroslav Slaboshpytskiy nous propose une modulation du rendu des sons et des bruits du quotidien qui finissent par envahir l'espace du film.
Cela m’amène à me poser la question suivante : Partageons nous le silence des personnages ou le subissons nous ? Le réalisateur ukrainien tente peut être d'interroger notre peur du vide sonore (voix, musiques normalement plus présentes et sons ambiants plus atténués) et nous place dans la position d'un sourd face à un film d'entendants. En effet, les paroles des rares personnages parlants sont inaudibles tandis que l'incompréhension de la langue des signes, l'échelle des plans et le rythme de la narration nous poussent à observer le contexte, à scruter le décors, à décrypter le langage corporel afin de comprendre ce qu'il se passe.




J'imagine que c'est ce type de gymnastique à laquelle un sourd est confronté quotidiennement et ce film permet au spectateur de devenir handicapé par le fait qu'il soit entendant dans un monde de sourds, et le force ainsi à porter en lui même la réussite ou l’échec de la compréhension.



“La Famille Bélier” (E. Lartigau, 2014)


Le film d’Eric Lartigau est à l’opposé de “The tribe”: Pas de redéfinition du vocabulaire cinématographique, ni de réflexion autour du langage… Non, Eric Lartigau ne cherche pas à nous faire réfléchir mais à nous divertir.

Le masque du divertissement

“La famille Bélier” se présente donc comme un “feel good movie”, une comédie pleine de bonnes intentions et d’humour…
J’ai été trés déçue par “La famille Bélier” alors que j’avais beaucoup aimé le livre de Véronique Poulain (“Les mots qu’on ne m’a jamais dit”) dont Victoria Bedos s’est inspirée afin d’écrire le scénario du film.
Sur le site “the guardian”, la journaliste sourde Rebecca Atkinson critique violemment le film qu’elle qualifie de “paresseux” et “insultant” avant de rajouter qu’il s’agit d’ «une représentation embarrassante et irrespectueuse de la culture sourde et de la langue des signes». Elle s’interroge notamment sur le casting (les ¾ des acteurs sont entendants) et le thème du film (la musique)....
Ses conclusions rejoignent la mise en garde de Michael Haneke : “prétendre divertir pour imposer un sens”.

Casting et langue des signes

A l’inverse de Myroslav Slaboshpytskiy, Eric Lartigau prend des acteurs entendants pour jouer des personnages sourds. Même si ce dernier a toujours dit qu’il avait pensé à F.Damiens et K. Viard dès la lecture du scénario, cette question de casting me chiffonne.
Bien sûr, comme il existe plusieurs manières d’être sourd, il existe plusieurs manières d’interpréter un sourd pour un acteur. Alors que cet acteur soit sourd ou non qu’est ce que cela change ?
Dans le cas précis de ce film, cela change 2 choses:
Il y a tout d’abord la problématique du respect de la langue. La langue des signes est une vraie langue avec une syntaxe, un vocabulaire, des expressions… Bref, montrer des acteurs qui écorchent cette langue en prétendant que  c’est leur mode de communication naturel, je trouve cela un peu déroutant. Cela m’a fait penser au film “Monument men” (George Clooney, 2014) dans lequel Cate Blanchet joue une française. A chaque fois qu’une phrase sortait de sa bouche en français, je m’étouffais de rire. Son accent était abominable et il était totalement impossible d’imaginer une seule seconde que cette femme soit française. Ce genre de situation est préjudicable pour le film puisqu’il arrache le spectateur de l’univers de la fiction. Bien évidemment  les acteurs et leurs rôles sont deux choses différentes. Un acteur jouant un pianiste n’est pas forcé d’être un bon pianiste, en revanche il se doit d’être crédible dans sa manière de l’interpréter. C’est justement là où le bât blesse : La crédibilité.  Et si je dois tout de même avouer que F. Damiens parvient à être à peu prés crédible, K. Viard impose une langue des signes de faible niveau et un jeu qui manque cruellement de naturel...

Les comédiens sourds ne sont pas rares en France alors pourquoi avoir pris deux entendants? Il ne faut pas oublier que K.Viard comme F. Damiens ont le statut trés enviable d’acteur “bankable”. En prenant ces acteurs, E. Lartigau s’assurait un maximum d’entrées et beaucoup plus de visibilité publicitaire que si il avait engagé des acteurs sourds et inconnus du public.

On peut ainsi emettre l’hypothèse suivante : Le choix de ces acteurs a davantage été motivé par la publicité générée par la “performance” des acteurs qui ont appris la langue des signes pour les besoins du film,  que par la capacité de ces acteurs à incarner leurs rôles (je parle de performance non pas pour le résultat de leur travail, mais plus réellement pour la mise en valeur de l’effort réalisé par les acteurs pour les besoins du films).

Je vais de nouveau convoquer R. Atkinson qui n’hésite pas à comparer cette performance au “blackfacing”. La comparaison est forte mais pas totalement injustifiée. En effet, le blackfacing consistait à grimer des blancs en noir afin de distraire d’autres blancs en s’appuyant sur des stéréotypes et en livrant leur propre interprétation de la culture noire.
Ici, E. Lartigau, V. Bedos et leurs deux acteurs font de même et nous livrent une vision “entendo-centrée” de la surdité par le biais d’une imitation qu’ils pensent fidèle.





Une vision simpliste et stéréotypée

Ne nous méprenons pas, le film d’E. Lartigau ne se moque pas des sourds mais il est loin de faire avancer la question de la place des sourds dans la société ou même dans le cinéma….
Le succès de « La famille Bélier » nous révèle qu'un film mettant en scène des personnages sourds peut tout à fait remporter l'adhésion du grand public. Cependant la condition de ce succès est-elle que ces personnages restent associés à une vision stéréotypée de leur handicap ?
Rodolphe et Gigi forment un couple d’agriculteurs sourds. Ils ont deux enfants, un sourd et une entendante :Quentin et Paula. Rodolphe et Gigi sont présentés comme totalement dépendants de leur fille entendante et semblent incapable de communiquer avec le reste du monde si ce n’est par son intermédiaire. Leur univers s’écroule le jour où Paula décide de passer un concours de chant afin de partir étudier la musique à Paris.

Quand mon professeur de langue des signes nous demande de traduire une phrase en LSF, il nous répète tout le temps de faire simple mais précis. Eric Lartigau aurait sans doute du prendre des cours de LSF, son film aurait certainement gagné en clarté.
J’ai effectivement été marquée par l’aspect brouillon de ce film. E. Lartigau multiplie les intrigues tout en les traitant de manière extrêmement superficielle. Ainsi, en plus de l’histoire de Paula rêvant à une carrière de chanteuse loin de sa campagne et de sa famille sourde, s’ajoutent dans le désordre : la campagne électorale de son père, son aventure amoureuse avec un nouvel élève mais également un flirt entre son frère et sa meilleure amie...Les intrigues se superposent sans être réellement approfondies; tout semble confus et surtout incohérent...Le rapport entre les parents de Paula et le reste du village est d'ailleurs un exemple frappant de ces incohérences (sur ce sujet, je vous invite à lire cet article : http://www.ungrandmoment.be/la-famille-belier/ )

Mais pour en revenir au traitement de la surdité, je rejoins les commentaires de R. Atkinson. La surdité est ici réellement représentée comme un handicap et seulement comme un handicap. Gigi et Rodolphe ne lisent pas sur les lèvres, n’oralisent absolument jamais, n’utilisent pas le sous titrage pour regarder la télévision préférant contraindre leur fille à traduire TOUT et  ne font même pas semblant de s’intéresser à la passion de Paula (le chant). Ainsi, ce couple n’essaie même pas ne serait-ce que de remuer les lèvres pour accueillir un client, écrire sur un bout de papier afin de communiquer avec leur médecin ou demander un traducteur pour une interview télévisée…
Voilà pourquoi je disais un peu plus haut qu’Eric Lartigau avait construit la surdité autour de son film.  La surdité n’est pas utilisée comme moteur de la narration mais plutôt comme “exhausteur”. Comme les exhausteurs de goûts soulignent une saveur, la surdité n’influence pas la narration mais augmente l’intensité du film par un effet de contraste. En effet, la surdité permet de placer Paula dans la position d’une jeune adolescente “différente” puisque Coda et incomprise par ses parents puisqu’ils sont sourds et donc "hermétiques" à la musique qui la passionne.... E. Lartigau et V. Bedos redéfinissent le handicap (quitte à le caricaturer) afin qu’il coïncide aux besoins de leur narration : Le rapport de dépendance  entre Paula et ses parents est ainsi poussé à son extrême afin que le public comprenne le sentiment  d’étouffement mais aussi de culpabilité de l’adolescente.
Le fond comme la forme convergent vers une idée très “handicapisante” de la surdité. En plus de n’utiliser des acteurs sourds que pour des rôles secondaires, l’équipe du film ne défend même pas le sous titrage systématique ( Au même moment Jean-Pierre Améris avait fait le travail inverse pour “Marie Heurtin” avec une actrice principale sourde et un sous-titrage systématique). Le problème de ce type de projet c’est qu’il ancre dans l’inconscient collectif un cliché qui a la vie dure et dont pas mal de sourds aimeraient se débarrasser : Les sourds ne sont pas des êtres “capables”; capables de vivre sans être dépendants des autres mais également capables de percevoir l'intérêt d'un art musical, capables d’amener du public en salle ou de jouer la comédie.

“Mais au moins ça a le mérite de parler de la surdité” m’a-t-on dit. Il n’y a aucun mérite à aborder un sujet qui a déjà été abordé dans plus de 300 films, téléfilms et séries télévisées depuis la naissance du cinéma.  Il existe plus de 360 millions de sourds dans le monde, il serait normal que l’industrie cinématographique les intègre plus mais il serait surtout normal qu’elle les intègre mieux.


A lire :

Michel Chion, “La Voix au cinéma”, Paris, Cahiers du Cinéma/éd. de l'Etoile,1982

José Moure « du silence au cinéma » , MEI « Médiation et information », nº 9, 1998

Entretien avec Myroslav Slaboshpytskiy par Thierry Chèze pour « l'express » : http://www.lexpress.fr/culture/cinema/myroslav-slaboshpytskiy-j-espere-que-the-tribe-hypnotisera-le-spectateur_1571822.html

Alexandre Prouvèze, « Portrait de Michael Haneke Cinéaste du mal ? », Évène,‎ 19 octobre 2009


Nicolas Gilson "La famille Bélier" : http://www.ungrandmoment.be/la-famille-belier/

Rebecca Atkinson "La famille Bélier is yet another cinematic insult to the deaf community" : http://theguardian.com/commentisfree/2014/dec/19/la-familie-belier-insult-deaf-community